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Guérineau est souvent résumé comme un « peintre de l’énergie », les femmes et les taureaux jalonnent ses représentations, où les corps, entre grand mystère féminin et matriciel et puissance transpirante animale, extirpent de leurs propres formes une force vive et autoritaire.

Avec cette nouvelle sculpture qui naît d’un travail gestationnel de deux années, l’artiste présente un ensemble abouti, clair et hautement symbolique.
Dans la continuité de sa pratique, Guérineau s’entête, dit-il, à mettre en perspective « l’émotion émergente d’un passé ressenti comme abstrait et grégaire ».
Fruit d’un travail de manipulations dans son laboratoire-atelier, entre découpages sans concessions et recollages par résine, Guérineau donne ainsi naissance à un corps mutant, universel : un homme idéal, drapé par marouflage de l’identité de chaque pays.
Voici dès lors la représentation de l’homme-monde du présent.

Ce nouvel homme surnaturel, sans identité sinon celle universelle, véhicule avec force la souffrance, celle du monde dans lequel il naît, emprunt d’un passé lourd et souvent douloureux avec, dans un même temps, cette féroce volonté de se tourner vers un futur réconciliateur. Ce dernier est symbolisé par les deux enfants plus que jamais vivants qui jouent, avec toute la naïveté et l’innocence qui leur incombe, dans les bras de leur « père » protecteur - Rémus et Romulus secourus par un homme salvateur-louve nourricière. Sculpture harmonieuse et totale s’il en est, parabole sculpturale, lien structural gémellaire (ou simplement fraternel) annonçant le désir d’élever quelque chose de nouveau.

Deux enfants donc, nés de la cuisse d’un monde conflictuel et complexe, portés par un être handicapé: une jambe foulant les charbons ardents d’une masse rouge vif/à vif, matière rugueuse et irritante, racontant le poids sombre d’un passé/présent parfois acide, pénible et déchiré, l’autre, annonçant la nécessité de se tourner vers un monde meilleur, se fige dans un bloc blanc, poli et minimaliste, vecteur de messages universels, valeurs évidentes et absolues, utopistes; donc toujours difficiles à supporter d’une certaine manière puisque jamais pleinement atteignables. Un homme, dès lors, pris entre deux étaux inextricables, un pas devant l’autre, un pied dans chaque plat, gêné dans son avancée des deux côtés, avec cependant cette force de trouver l’équilibre d’élever ces deux enfants - futur de l’humanité -, pour les conduire vers une réconciliation des peuples.
Portant à bout de bras ces deux être innocents, sortis de la glaise d’un monde quelque peu désaxé, cet être de résine révèle une forme d’injustice à leur égard avec cette nécessité de les aider, de les soulever par delà les chaînes frontalières de chaque pays dans la perspective, bien qu’idéale, d’une paix bienheureuse.

Avec cette nouvelle sculpture donc, Guérineau élève des valeurs humanistes puissantes, façon de dire, d’une certaine manière, que rien n’est jamais fini et que l’espoir renaît inexorablement de ses cendres.

Brésolin Cynthia
docteur en art et théories des arts
Critique d’art


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